T-28 FENNEC

 

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©Mermoz01

 

     

La Découverte

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      En ce mois de Janvier 1964, j'arrive sur la Base Aérienne 107 de Villacoublay, jeune sergent mécanicien fraichement breveté de l'école technique militaire de Rochefort sur mer (BE721). 
Pour des raisons dont je ne me souviens plus, je ne suis pas attendu, donc pas de chambre prévue et je dois passer ma première nuit dans une des cellules (individuelles)du poste de police, heureusement sans être assujetti au traitement normal des punis. 

     Les jours suivants, je découvre ma nouvelle unité, le GRERALA 0037 qui deviendra plus tard le GERMAS 17/107 et surtout les appareils sur lesquels je vais devoir travailler : les T-28 FENNEC.

     Ces appareils viennent de rentrer  d'Algérie (1962) où ils ont remplacé le T-6 Harvard dans les missions d'observation et d'appui des troupes au sol à partir de 1957. Ils sont maintenant affectés aux vols d'entrainements des pilotes réservistes sur des aérodromes mi-civils tels que Lyon-Bron, Lille-Lesquin, Rennes ou Bordeaux. et bien sur Villacoublay.
 

    Notre mission est double :
 

1- Réaliser la révision des appareils ayant accumulé 50, puis 100 heures de vol
 

2- Assurer la préparation des vols d'entrainement des pilotes réservistes affectés à l'unité

 
  

     Voici un aperçu de ce travail. 

     Tout commence avec un bon décrassage afin de permettre une vérification sérieuse du fuselage et de tous les organes de l'appareil.
 

    

     Ensuite, un point fixe permet de vérifier les paramètres de fonctionnement du moteur de 1450 Hp, mais surtout de mettre en évidence les fuites éventuelles tant sur le moteur que dans  les divers circuits (huile, essence, hydraulique)

 

     Puis, nous le rentrons dans le hangar où pendant deux semaines nous effectuerons  les réglages et vérifications requis : vidange, réglages des culbuteurs, des magnétos, vérification des taux de compression et remplacement des cylindres défectueux, réglages des câbles de commande des gouvernes, etc....

 

 

Lorsque l'appareil est fin prêt, commence la partie agréable du boulot
 

     En effet, il n'est pas question de renvoyer l'avion dans son escadrille sans avoir tout vérifié, il y a donc lieu de procéder à un vol d'essai au cours duquel le mécano indique au pilote les manœuvres à effectuer et enregistre les paramètres obtenus.
 

 

Le 110 prêt pour un décollage en patrouille

     Certains d'entre nous n'aimant pas voler (il y a bien des marins qui ne savent pas nager), nous n'étions que quatre à assurer ces vols d'essais à tour de rôle et je ne m'en suis pas privé : une vingtaine en un an.

     Mes vols préférés sont ceux qui suivent un remplacement de cylindres (vol de rodage ) ou un remplacement d'hélice. Les vols de rodage consistent à tourner en rond autour de la piste à 700m pendant une heure et bien entendu, cela ennuie les pilotes donc, une fois l'altitude atteinte, le pilote passe le manche au mécano et sort un bouquin ou un journal pour passer le temps. j'en connais même un qui en profite pour se bourrer une pipe. (voir lote en bas de page)

     Après un remplacement d'hélice, il convient de faire quelques acrobaties afin de s'assurer que le régulateur de régime fonctionne parfaitement et là, quel pied ! C'est au cours d'un de ces vols qu'un pilote tente désespérément de m'apprendre a faire des tonneaux.

  


 

Looping

                    

 

 

  Piqué 

     Inutile de vous dire que c'était très agréable, mais loin d'être esthétique !

    

     Bien sur, il arrive parfois que ce vol d'essai réserve des surprises, le pire étant survenu quelques semaines avant mon arrivée dans ce groupe lorsqu'au cours d'un vol de rodage, un moteur à fait une "salade de bielle", obligeant son pilote à faire un atterrissage sur le ventre dans la vallée de Chevreuse, située en contrebas au sud de la base. Pour ma part, je n'ai connu qu'un problème sans grande importance lorsque la gaine d'un câble de sortie de génératrice a pris feu, inondant le cockpit de fumée. Après une première  réaction un peu brutale où l'on se prépare à quitter l'appareil, puis une deuxième évaluation au cours de laquelle on ne trouve pas de flammes, on décide de rentrer au bercail tout en restant attentif à l'évolution des évènements.

     Autre anecdote amusante, pour la quelle il faut savoir que les sièges de ces engins étaient pourvus de harnais de sécurité à enrouleurs, mais verrouillables. Comme par hasard, il avait fallu remplacer l'hélice du  premier avion sur  lequel j'ai travaillé et pour ce premier vol d'essai, j'aillais, sans le savoir, avoir droit à ma séance d'acro.  Après le décollage, me sentant bien à l'aise, je libère le verrouillage harnais afin de pouvoir mieux regarder dans tous les coins, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. A la fin de la montée, le pilote me baragouine quelques mots dans l'interphone, auxquels je ne comprends absolument rien, mais je réponds  :"OK, ça va".  Mais pourquoi ai-je eu l'idée de rebloquer mon harnais ?  A peine avais-je terminé que je vis ma planche de note et mon crayon monter devant mon nez pour se poser sur le haut de la verrière. La séance de voltige avait commencé. Suivit un enchainement de piqués et de ressources au cours desquels il m'est arrivé à l'occasion d'autres vols d'encaisser un magnifique voile noir à 9G's.

     Mais à 20 ans, c'est ça la belle vie, et pour clore cette entrée en matière, laissez-moi vous offrir la dernière image, celle de la récompense après l'effort.

 

 

En cliquant sur ce lien, vous pourrez voir de très belles photos de détail du Fennec N° 142 prises par

Thierry Jacques

J'ai retrouvé l'homme à la pipe, il m'a envoyé ce mail (Juin 2007)

"J'ai eu la surprise de me reconnître comme étant l'homme qui fumait la pipe pendant les vols de rodage !!!! En feuilletant mon carnet de vol, j'ai même trouvé que c'était le 4 Avril 1964. Sur ton carnet, il y a une petite erreursur mon nom (GILLOU au lieu de GUILLOU).

Mais que de bons souvenirs ! Depuis, j'ai fait 17000 heures sur Air France et je suis en retraite deapuis 10 ans."

          Mon forum aéro preféré : http://www.pilotes-prives.fr/